NISKA

NISKA

Jeudi 09 juillet 2020 • Scène : Pratgraussals • BILLETTERIE

Il est venu dans l’inconnu, il repartira inoubliable. Aujourd’hui, Niska est dans la tête de millions de personnes grâce à un rap qui, en 2019, ne laisse plus personne indifférent. En France, mais pas que : en cinq petites années de carrière, le rappeur de l’Essonne s’est imposé comme l’un des plus flamboyants porte-drapeaux de la musique francophone en dehors des frontières hexagonales. Et c’est tout sauf un hasard, tellement l’impertinence de Niska déroute tout autant qu’elle fascine : chacun de ses tubes est une piqûre d’adrénaline dont on ne se peut passer. Une invitation à danser, un hymne émancipatoire qui libère les corps et pousse au lâcher-prise. Le parfait mélange des sonorités africaines qui inspirent la pop d’aujourd’hui et de la vivacité du rap français. « Je suis le symbole de ce que le rap est devenu : une musique décomplexée, qui touche tout le monde. » Ce n’est pas ses 21 singles d’or, 5 de platine et 5 de diamant, certifiés par le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP), qui diront le contraire. De quoi se forger la couronne qui lui revient de droit, pour l’accompagner sur le trône des charts.

« Charo c’est charo. » La force première de Stanislas Dinga Pinto est sa faculté à travailler, à combler ses lacunes en tant qu’artiste, à ne jamais se reposer sur ses acquis. Une mentalité de « charo », diminutif de « charognard », qu’il revendique et défend depuis ses débuts, au moment où le champion du monde tricolore, Blaise Matuidi, reprenait sa chorégraphie en guise de célébration – le brésilien Neymar s’y essaiera aussi, une fois le maillot du PSG sur les épaules. Champion du monde, Niska l’est aussi indirectement : c’est lui qui a été choisi, en 2018, pour être l’égérie du maillot de cette équipe de France qui a décroché sa deuxième étoile quelques mois plus tard. Au même moment ou presque, il est invité à partager la scène avec la superstar LeBron James, de passage en banlieue parisienne pour sa More Than An Athlete Academy ayant pour but de montrer l’exemple aux jeunes. Le joueur NBA ne pourra lui aussi s’empêcher de lâcher un « pouloulou », autre gimmick désormais légendaire de Niska tiré de son hit « Réseaux », à savoir le titre le plus écouté en France en 2018 avec ses 300 millions de vues. Un chiffre colossal auquel Niska, du haut de ses huit millions de fans cumulés sur les réseaux sociaux, est désormais coutumier : sa chaîne YouTube a dépassé la barre symbolique du milliard de vues quelques semaines après la sortie de son dernier album, il y a près de deux ans.

Une vraie success story à la sauce franco-congolaise pour celui qui a grandi à Évry, dans la cité du Champtier-du-Coq, où il réside encore aujourd’hui quand il n’est pas en tête d’affiche d’un festival ou en studio au Royaume-Uni. Il faut dire que les frontières françaises sont parfois trop étroites pour Niska : disque d’or en Allemagne avec un remix de « Réseaux », le rappeur a également invité la diva britannique Stefflon Don et le leader de Migos Quavo sur une autre version d’un morceau certifié disque de diamant à l’International. Une prouesse quasiment unique en France qui lui a permis de passer un cap et de travailler avec d’autres leaders de la musique du monde, particulièrement le superproducteur américain Diplo (compositeur pour Madonna, Britney Spears, Beyoncé, Justin Bieber…) qui l’a invité sur son EP Europa.

Une vie en grand écart pour un artiste ter-à-ter qui reste concentré sur le chemin qu’il lui reste à parcourir. « Ma recette fonctionne et je pense qu’elle est sur la bonne voie. Je commence à peine à maîtriser ma musique, à la comprendre. » Stanislas Dinga Pinto est sûr de sa force, mais ne relâche pas la pression pour autant. En trois albums à peine (Charo Life, sorti en 2015 avant Zifukoro [2016] et Commando [2017], était davantage une mixtape), Niska a atteint des sommets que peu d’artistes, tous genres confondus, approchent au cours de leur carrière. Outre son milliard et demi de streams enregistrés, dont plus du quart vient de l’étranger, Niska s’est progressivement installé dans la vitrine des fiertés françaises. Mais c’est bien connu : nul n’est vraiment prophète en son pays, alors la France cultive son amour des paradoxes. Alors qu’il est de plus en plus sollicité par des artistes d’envergure internationale, sa propre nation ne lui ouvre pas forcément toutes les portes. « La France m’a vu grandir. Elle ne m’a peut-être pas aimé à mes débuts et a du mal à changer d’avis malgré ce que je suis devenu.

Niska incarne peut-être trop bien cette France diverse de 2019, multiculturelle et audacieuse, qui sait où elle va. À l’image encore une fois de cette équipe Championne du monde, dont il a lancé le parcours jusqu’à la plus haute marche du podium. « Avec le nouvel album, je ne suis pas venu pour surprendre. Je suis venu conforter la direction que j’ai prise avec “Commando”, pour que le public continue à me suivre. » Et il aurait tort de penser le contraire, Commando s’étant écoulé à près de
600 000 exemplaires tout en s’installant dans le cercle très, très fermé des classiques du rap français des dix dernières années. Mais il a fallu que Niska sillonne les routes de France pour sa tournée qu’il voit de ses propres yeux la vérité sur sa musique, sur son impact. Sa gestuelle communicative, ses gimmicks ultra-identifiés et son flow reconnaissable parmi mille sont devenus des marques de fabrique que chacun s’approprie. « Quand je suis arrivé sur ma première scène de festival, j’avais peur. J’avais l’impression que je n’étais pas face à mon public. Mais 30 000 personnes se sont mises à chanter tous mes morceaux par cœur, même les moins connus. C’est là que je me suis dit que ma musique touchée des gens partout en France. On m’a forcé à croire que je n’étais écouté que par des banlieusards, mais ce n’est pas vrai. Elle est là la vérité. » Niska est le symbole d’une France multiple et fière, leader d’une culture qui est en passe de se faire accepter à grande échelle. Son nouvel album nous donne une nouvelle occasion de le célébrer comme tel.